PARIS | CHAPON

17 avril > 16 mai 2026

Genis RIGOL Brunilda à la Plata

Présentation

Genís Rigol signe avec Brunilda à la Plata, parue en 2025 aux éditions Virages Graphiques, sa première bande dessinée. L'artiste, par ailleurs animateur et auteur de formes courtes auto-édités, y déploie une maîtrise affirmée du mouvement, de la composition et de la mise en scène. Dans ses planches initialement pensées en noir et blanc, le regard circule dans l'image au rythme intense de la narration. Coup de maître plus que coup d'essai, cette bande dessinée s'impose comme un espace d'expérimentation où se croisent mémoire, fiction et réflexion sur l'acte créateur. Elle inscrit Genís Rigol dans cette nouvelle génération d'auteurs qui repensent la bande dessinée comme un médium plastique et conceptuel, capable de dialoguer avec d'autres formes artistiques.

La galerie Huberty & Breyne, espace Paris | Chapon - 21 est heureuse de présenter une sélection de planches originales de l'artiste Catalan du 17 avril au 16 mai 2025.

Au commencement était un rêve, fait en 2019 par l'artiste. De cette matière onirique, Genís Rigol déroule le fil pour tricoter un récit hors du temps, flottant. Brunilda à la Plata, un titre comme un rendez-vous griffonné. Un lieu, un horaire - 21 heures - et la promesse d'une rencontre avec Brunilda. Figure d'attente au même titre que le mystérieux Godot de Samuel Beckett, Brunilda donne son nom au livre et, paradoxalement, s'y dérobe. Son visage est d'abord caché par des phylactères, elle est ailleurs, «hors-champ», comme un point de fuite diffus, une figure d'absence autour de laquelle tout s'organise. Pour la rejoindre, Norman doit traverser la scène d'un théâtre où se joue une pièce-fleuve, dont le cours semble intarissable, suspendu à l'écriture de sa fin par un dramaturge paralysé par ses doutes. D'abord en retrait, celui-ci se retrouve rapidement au coeur de la narration, pris dans une mécanique qui le dépasse. Enfermé dans son processus de création, il avance avec ses doutes, «se promenant avec sa frustration bras dessus, bras dessous». Prisonnier de ses ambitions et d'une voix intérieure - sa mauvaise conscience - qui ne cesse de le rabaisser, il devient à son tour une figure d'attente. Le public s'impatiente et, autour de lui, tout s'agite. Dans les coulisses, les acteurs et techniciens sont suspendus à une parole qui ne vient pas. Sans texte à déclamer, ils dépendant de leur créateur, lui-même dépendant d'une inspiration défaillante et de ses affres. Le théâtre apparait alors comme un écosystème clos, fait d'interdépendances. Tous attendent que quelque chose advienne - le public, Norman, les acteurs, le dramaturge lui-même. L'agitation gagne le théâtre devenu labyrinthe. Le récit bascule en une farce allégorique sur l'inspiration artistique, peuplée de «mauvais génies», ces voix intérieures qui parasitent l'élan créatif. Le théâtre se transforme en architecture mentale: un dédale d'émotions et d'angoisses d'où surgissent les souvenirs du dramaturge.

Pensées initialement en noir et blanc, les planches originales exploitent pleinement les aplats de noir qui structurent la page de façon graphique et dramatique. Genís Rigol conçoit la double page comme une scène à investir. Le regard du lecteur circule selon des trajectoires complexes, parfois désorientées par des jeux d'échelle ou de constructions à la MC Escher. A l'instar de Chris Ware, la page ne se réduit pas à une succession de cases: elle devient un dispositif complexe, où chaque élément - cadrage, rythme, circulation, répétition - participe à la construction du sens. L'espace est instable: escaliers sans issue, coulisses démultipliées, perspectives déformées. Le théâtre oscille entre lieu réel et projection mentale. Les personnages participent pleinement de cette étrangeté : leurs visages figés, aux allures de masques antiques, et leurs yeux réduits à des billes accentuent leur dimension allégorique. Cette stylisation contraste avec d'autres passages plus détaillés, notamment dans les séquences de souvenirs. Dans ces moments, le trait change radicalement. Plus fin, plus réaliste, le dessin s'inspire de Shigeru Mizuki et prend des allures presque documentaire en sépia, tranchant avec l'abstraction du reste du récit. Le dessin de Rigol passe de la caricature expressive à une précision minutieuse et navigue entre le burlesque, le grotesque, l'onirique, le théâtral. Lorsque la couleur apparaît, elle agit comme une strate supplémentaire, souvent décalée, presque irréelle. La palette «hors temps» n'est pas sans rappeler les univers de Richard Outcault et Winsor McCay. Le dessin dans Brunilda à la Plata excède sa fonction narrative: il constitue le théâtre même de la crise créatrice, où s'affrontent contrôle et débordement.

Si «le monde entier est un théâtre», comme l'écrit William Shakespeare, Brunilda à la Plata en montre la fragilité: la scène, mentale et labyrinthique, vacille, la résolution se dérobe, et la bande dessinée devient un espace où rôles, absences et émotions se croisent sans fin.

Vernissage 
Jeudi 16 avril 2026
à partir de 18h

Dédicace 
Samedi 18 avril 2026 
de 15h à 18h  

Exposition 
Du vendredi 17 avril 
au samedi 16 mai 2026

PARIS | Chapon - 21
21 rue Chapon 75003 Paris
Mercredi > Vendredi 13h30 - 19h
Samedi 12h - 19h