L'univers de Maurice Tillieux chez Huberty & Breyne
25 juin 2026
Un article de Jean Bernard pour La Libre
Gil Jourdan lui a permis d'atteindre le panthéon des auteurs de BD, mais il fut l'auteur de bien d'autres séries.
C'est devenu une tradition chez Huberty & Breyne. Chaque été, une exposition patrimoniale braque les
projecteurs sur un auteur qui a fait la renommée de la BD franco-belge. C'est cette fois Tillieux qui bénéficie d'une magnifique rétrospective composée de planches principalement issues de collections privées, dont celle de Johan Van Wassenhove.
Maurice Tillieux (Huy, 1921 – Tours, 1978) était un auteur complet, dessinateur et scénariste. Comme l'écrit
joliment l'une de ses filles, Régine, en postface du catalogue, son papa était fils unique, de parents âgés :
"Souvent seul, son esprit débordait d'imagination." Il rêvera adolescent d'aventures et se voyait marin. "Il était un jeune homme que la guerre empêcha de réaliser ses rêves et qui, contraint de se cacher de l'ennemi, se retrouva seul et se mit à écrire et à dessiner afin de tromper l'ennui."
Plus loin, Régine rappelle que les débuts ne furent pas simples, car "longtemps boudé par les professionnels de l'époque, il entra dans le clan des grands par la petite porte". Il fera pleurer ses filles une seule fois, "lorsqu'il disparut, seul, sur une route verglacée, emportant avec lui tous les rêves d'aventure jamais réalisés".
Dans la préface, François Walthéry rappelle que Tillieux était un autodidacte, réalisant sa première série importante, Félix, entre 1947 et 1956, pour le magazine Héroic-Albums dans lequel ça castagnait ferme. Les récits couraient sur 12 pages, souvent réalisées dans l'urgence.
Débuts compliqués
Ce sont les planches de cette série qui ouvrent l'exposition. L'influence d'Hergé y est très nette. La mise en scène cinématographique, avec des cadrages et des plans mettant les belles mécaniques – voitures ou avions – en évidence, faisait déjà la force du dessin de Tillieux.
Pour autant, en 1947, Tillieux n'était plus un débutant. Il avait collaboré dès 1936, à 14 ans, au magazine Le Moustique de Dupuis. Pendant la guerre, il écrira des romans policiers sous pseudonyme. Après le conflit, Dupuis ne le reprend pas, et le Lombard reste sourd à ses appels. Outre Félix, il crée Monsieur Balourd sous forme de strips humoristiques, ou encore Marc Jaguar en 1955 pour la revue Risque-Tout.
Tenant de la ligne claire, peu en vogue à Marcinelle, Tillieux finira quand même par rallier l'écurie Spirou. Dès lors, le trait se fait plus franquinesque, plus virevoltant, nerveux, sans perdre en lisibilité. Dupuis est méfiant vis-à- vis d'un auteur précédé de la réputation de violence (toute relative quand même) de Félix. La filiation de Gil Jourdan avec Félix est évidente, et cela n'empêchera pas le détective privé d'être une star de l'école de Marcinelle, toujours flanqué de l'ex-malfrat Libellule, de son assistante Queue-de-Cerise et aidé par l'inspecteur Crouton de la PJ de Paris.
L'art du cadrage
Outre l'humour, avec des dialogues particulièrement savoureux, la série intégrera un peu de fantastique et de science-fiction au fil des aventures. Les mises en scène cinématographiques, son art consommé des
atmosphères pluvieuses rendant les routes glissantes permettent à Tillieux de dessiner les accidents de voiture de manière très réaliste. Au point de susciter l'admiration de Franquin et Jidéhem, les grands spécialistes automobiles de Spirou.
Un article de Jean Bernard pour La Libre
Gil Jourdan lui a permis d'atteindre le panthéon des auteurs de BD, mais il fut l'auteur de bien d'autres séries.
C'est devenu une tradition chez Huberty & Breyne. Chaque été, une exposition patrimoniale braque les
projecteurs sur un auteur qui a fait la renommée de la BD franco-belge. C'est cette fois Tillieux qui bénéficie d'une magnifique rétrospective composée de planches principalement issues de collections privées, dont celle de Johan Van Wassenhove.
Maurice Tillieux (Huy, 1921 – Tours, 1978) était un auteur complet, dessinateur et scénariste. Comme l'écrit
joliment l'une de ses filles, Régine, en postface du catalogue, son papa était fils unique, de parents âgés :
"Souvent seul, son esprit débordait d'imagination." Il rêvera adolescent d'aventures et se voyait marin. "Il était un jeune homme que la guerre empêcha de réaliser ses rêves et qui, contraint de se cacher de l'ennemi, se retrouva seul et se mit à écrire et à dessiner afin de tromper l'ennui."
Plus loin, Régine rappelle que les débuts ne furent pas simples, car "longtemps boudé par les professionnels de l'époque, il entra dans le clan des grands par la petite porte". Il fera pleurer ses filles une seule fois, "lorsqu'il disparut, seul, sur une route verglacée, emportant avec lui tous les rêves d'aventure jamais réalisés".
Dans la préface, François Walthéry rappelle que Tillieux était un autodidacte, réalisant sa première série importante, Félix, entre 1947 et 1956, pour le magazine Héroic-Albums dans lequel ça castagnait ferme. Les récits couraient sur 12 pages, souvent réalisées dans l'urgence.
Débuts compliqués
Ce sont les planches de cette série qui ouvrent l'exposition. L'influence d'Hergé y est très nette. La mise en scène cinématographique, avec des cadrages et des plans mettant les belles mécaniques – voitures ou avions – en évidence, faisait déjà la force du dessin de Tillieux.
Pour autant, en 1947, Tillieux n'était plus un débutant. Il avait collaboré dès 1936, à 14 ans, au magazine Le Moustique de Dupuis. Pendant la guerre, il écrira des romans policiers sous pseudonyme. Après le conflit, Dupuis ne le reprend pas, et le Lombard reste sourd à ses appels. Outre Félix, il crée Monsieur Balourd sous forme de strips humoristiques, ou encore Marc Jaguar en 1955 pour la revue Risque-Tout.
Tenant de la ligne claire, peu en vogue à Marcinelle, Tillieux finira quand même par rallier l'écurie Spirou. Dès lors, le trait se fait plus franquinesque, plus virevoltant, nerveux, sans perdre en lisibilité. Dupuis est méfiant vis-à- vis d'un auteur précédé de la réputation de violence (toute relative quand même) de Félix. La filiation de Gil Jourdan avec Félix est évidente, et cela n'empêchera pas le détective privé d'être une star de l'école de Marcinelle, toujours flanqué de l'ex-malfrat Libellule, de son assistante Queue-de-Cerise et aidé par l'inspecteur Crouton de la PJ de Paris.
L'art du cadrage
Outre l'humour, avec des dialogues particulièrement savoureux, la série intégrera un peu de fantastique et de science-fiction au fil des aventures. Les mises en scène cinématographiques, son art consommé des
atmosphères pluvieuses rendant les routes glissantes permettent à Tillieux de dessiner les accidents de voiture de manière très réaliste. Au point de susciter l'admiration de Franquin et Jidéhem, les grands spécialistes automobiles de Spirou.