Hervé Di Rosa dans le magazine DBD

Lundi 06 juin 2016

C’est à son domicile parisien que nous avons retrouvé le toujours fringant Hervé Di Rosa pour parler de l’événement qu’il prépare à la galerie Huberty & Breyne pour ce mois de juin. Cette exposition revient sur les lectures d’enfance, dans le magazine Spirou, de ce grand amateur de bande dessinée. Étonnant !



Depuis combien de temps portez-vous le projet d’une exposition en hommage à vos lectures de jeunesse ?

Je dirais trois ans ! L’idée a définitivement pris forme suite à une exposition commune avec Philippe Druillet à la galerie Petits Papiers [devenue depuis Huberty & Breyne, du 8 au 31 mars 2013] où j’ai proposé des oeuvres en noir et blanc et en bichromie en hommage à la bande dessinée mondiale et à cet artiste qui m’a tant marqué. Là, pour Belgium Dreams, nous sommes dans une configuration différente, car si mes peintures restent en noir et blanc, elles tournent uniquement autour de la bande dessinée belge lue dans ma jeunesse.

Et j’ai demandé à ce que mes toiles soient exposées au côté d’oeuvres originales d’auteurs auquel je fais référence. C’est un concept que j’ai proposé à cette galerie, car Marc et Alain possèdent une collection très importante de planches originales. C’est excitant de savoir que ce travail va être montré à côté de Tillieux, Will, Hergé, Leloup, Remacle...


Enfance, quand tu nous tiens ! C’est en tout cas une belle déclaration d’amour à ce moyen d’expression de votre part.

Sachant que pour moi, l’oeuvre originale en bande dessinée reste l’imprimé. C’est pour cette raison que les expositions montrant des planches originales sont de mon point de vue souvent compliquées à monter, et au final peu intéressantes pour les non-initiés. Une planche de Little Nemo prend vraiment toute sa dimension quand elle est imprimée dans un journal de la fin du xixe siècle. Les couleurs pètent, et les trames visibles enrichissent la surface du papier.


Avant de parler de votre exposition à venir, un mot sur Philippe Druillet...

C’est un artiste que j’adore. Il a révolutionné la bande dessinée beaucoup plus que d’autres qui restèrent assez sages. Son Délirius a transformé ma vision de certaines choses, j’avais 13 ans quand j’ai ouvert ce numéro de Pilote. Ses peintures sont proches de l’art brut, de la peinture médiumnique... Et si on ne peut pas dire que c’est un roi du dessin comme Moebius par exemple, j’aime son travail car il a su inventer son monde à partir de ses faiblesses. Dans l’esprit de Miro qui disait que comme il ne savait pas bien dessiner, il avait dû inventer un langage pour s’exprimer artistiquement. En bande dessinée, j’aime les inventeurs visionnaires, mais aussi les auteurs chez qui on sent le labeur, la sueur... C’était le cas chez Tillieux, Will, etc.

Parlez-nous de cette passion pour la bande dessinée. À quand remonte-t-elle ?

Entre 6 ans et 12 ans, j’attendais avec impatience tous les jeudis l’arrivée du journal Spirou. À Sète, où je résidais, c’était la seule bouffée d’air frais qui arrivait de l’extérieur. À cette époque, il y avait peu de livres d’art. Cet hebdomadaire a été mon ouverture à l’art et au monde. Il a été comme une formation esthétique formelle. Puis cette industrie pour enfants a commencé à la fin des années 50 à s’adresser aux adultes avec Pilote puis Métal hurlant, Bazooka, etc. J’ai bien entendu suivi cette vague au point de vouloir en faire à mon tour. C’est Wolinski, alors rédacteur en chef de Charlie Mensuel, qui m’a conseillé de faire de la peinture tout en publiant plusieurs de mes planches dans son mensuel.


Comment faire une exposition hommage sans trop verser dans la nostalgie ou dans le pastiche ?

C’était toute la complexité de ma démarche ! C’est d’ailleurs pour cela que j’ai mis trois ans à réaliser la quinzaine de peintures de trois formats. J’ai commencé par relire tous les albums et tisser le lien qui existait entre ces créations et les miennes. C’est ainsi que j’ai découvert que ma manière de représenter le bois était née de la quatrième de couverture des aventures de Lucky Luke, que mes mondes féeriques étaient très liés à l’univers de Peyo, que mes colonnes antiques puisaient dans Alix, que la porte verte qui permet de passer d’un univers à l’autre et que je représente souvent dans mes tableaux était issue de Tif et Tondu et leur fameuse matière verte... Il y a aussi ces thématiques que je reprends régulièrement, comme les pirates et les galions que j’emprunte à Remacle, les animaux à Macherot, les voitures à Tillieux, les robots à Yoko Tsuno, les Atlantides de Jacobs, les univers orientaux à la série Kiko, etc.


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