À PROPOS

Philippe Vuillemin est à la bande dessinée ce que Delépine et Kervern sont au cinéma : un anti-conformiste tendance anarchiste. Bien plus qu'un joyeux trublion, mais moins radical qu'un punk. Dans la droite ligne de Jean-Marc Reiser, son style est instinctif, brouillon, voire franchement sale ; ce qui l'amène à le définir par l'expression « ligne crade », clin d'oeil ironique à celle, plus claire, d'un certain Hergé. Il n'hésite pas à griffoner, barbouiller, redessiner, découper, et coller ses illustrations jusqu'à parvenir à un résultat qui satisfera l'animal. Un original de Philippe Vuillemin constitue plus qu'un dessin : il raconte l'histoire d'une création, comme en témoignent les traces de doigts, de cendres et de café disséminées aux quatre coins de la planche.
Né en 1958, Philippe Vuillemin est naturellement venu à L'Echo des Savanes, Hara-Kiri et Charlie Mensuel lorsque l'appel de la faim s'est fait trop fort. Outre son trait qui bouleverse les conventions de la bande dessinée d'alors, il s'illustre par son ton sans concession et volontiers vulgaire. Avec ce type sans gêne, les (sales) blagues graveleuses et scatologiques pleuvent comme à Gravelotte. A l'occasion, lorsqu'il cherche à rire de tout dans le périlleux Hitler = SS, Philippe Vuillemin ne réussit pourtant pas à se faire comprendre de ses contemporains. Tout en pondant un récit aussi gonflé que mythique. Vuillemin divise et le fait savoir ; jusque dans les couloirs de feue l'Académie des Grands Prix d'Angoulême qui l'intronise en 1995, au grand dam de Morris.