Chantal MONTELLIER
Le Féminin BD

Si la bande dessinée continue, et ce malgré les nombreuses émergences féminines, à traîner derrière elle le cliché d’un art essentiellement masculin, Chantal Montellier fut l’une des premières à briser ce tabou et à s’imposer dans ce milieu. Ce qui n’a bien sûr pas manqué de déranger ! À l’exemple du journal dessiné Ah ! Nana, entièrement produit par des femmes (et invitant un homme par numéro), traitant de sujets tels que l’inceste, la sexualité, la violence ou l’homosexualité et qui, malgré l’importance des thèmes abordés, n’a pas tardé à être censuré après 9 publications… Mais qui forgera cependant à Chantal Montellier une renommée lui permettant de devenir par la suite la première femme française à s’orienter vers le dessin de presse politique.

Chantal Montellier aime depuis toujours déranger. Quand elle sort, par exemple, en 1983 Odile et les Crocodiles — l’histoire d’une comédienne victime d’un viol décidant de se faire justice elle-même — c’est un coup de pied engagé qu’elle projette dans la face d’une société phallocratique qui traite les femmes violées en quasi coupables. Cet album a d’ailleurs très fortement inspiré le célèbre Projet Crocodile de Thomas Mathieu.

Chantal Montellier aime aborder par un angle politique des faits de société, mais affectionne aussi la « fiction sociale », c’est-à-dire concevoir une société contenant un début d’inégalité — au premier abord invisible et anodin — et imaginer son futur, si cette inégalité n’est pas conscientisée. Ne réduisant pas uniquement pas la BD féminine à la BD dite « Girly », Chantal Montellier peut traiter de sujets intimes tout en les intégrant dans des problématiques économiques, politiques ou sociétales.

 

 

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